Claire Mogford

Jun 28, 2018 • 8 min read

On a beaucoup entendu parler de la dégradation des récifs coralliens ces dernières années mais je ne savais pas trop ce que cela signifiait jusqu’au moment où j’ai commencé mon Divemaster à Utila Dive Centre (UDC).

C’est là-bas que j’ai découvert que les coraux sont constitués d’organismes vivants microscopiques, appelés polypes, qui sécrètent du carbonate de calcium. C’est cette substance qui constitue le ‘squelette’ du corail. Si les polypes sont soumis à du stress (par exemple une température qui s’élève, ou des éléments toxiques présents dans la crème solaire), ils rejettent l’algue qui leur fournit 90% de leur énergie.

C’est cette algue qui donne aux coraux leurs couleurs, aussi lorsque l’algue est rejetée, le corail blanchit, d’où le terme ‘blanchissement du corail’. Sans cette algue, les polypes se meurent et il ne reste plus laors que ce squelette de carbonate de calcium. Cette structure commence alors à se détériorer et le récif, à se désintégrer. Les récifs jouent un rôle crucial dans l’écosystème, et, pour les plongeurs passionnés dont je fais partie, ils sont l’une des raisons principales pour lesquelles je plonge régulièrement.

De nombreuses initiatives locales ont vu le jour pour répondre à ce phénomène grandissant et essayer de régénérer les récifs. L’un de ces projets est Utila Coral Restoration Project qui a récemment vu le jour sur l’île d’Utila, située sur la côte caraibe du Honduras.

Alors que je plongeais sur Utila récemment, j’ai saisi cette opportunité pour interviewer deux des maîtres d’oeuvre de ce projet, Jemma Aitken et Dani Mejia.

Pouvez-vous m’en dire plus sur le Projet de Restauration des Coraux d’Utila?

Ce projet a pour objectif de restaurer les coraux corne de cerf et corne d’élan, qui sont en voie de disparition. Des fragments de ces coraux sont recueillis et repoussent dans une pepinière, avant d’être replantés sur le récif lorsqu’ils ont atteint une taille leur permettant de survivre.


Comment cela a-t-il commencé?

Ce projet vise à agir préventivement, avant que les récifs ne se dégradent, comme on peut le voir dans d’autres fonds sous-marins.

Pourquoi les récifs sont-ils si importants?

Les récifs fournissent habitat et protection à 25% de la vie marine, et sont à la base d’une chaîne alimentaire pour des millions d’humains. Ils protégent les côtes des vagues et tempêtes, et aident à réguler la température des océans (en absorbant la chaleur et le CO2 de l’atmosphère).

Ils sont aussi un pillier pour l’industrie du tourisme et de la plongée sous-marine. Ici, à Utila, 90% de l’économie locale dépend du tourisme lié à la plongée, et si les récifs se dégradent cela est lourd de conséquences.

Qui est impliqué?

Ce projet est une coopération entre Utila Dive Centre et Kanahau (un centre de recherche en conservation qui a été lancé pour promouvoir la recherche sur la flore et la faune d’Utila). Il est aussi soutenu par l’ICF (l’organisation chargée de protéger la faune hondurienne) et le “Honduran Marina Mercante”.

Nous (Jemma Aitken et Daniela Mejia) représentons UDC, et Kanahau est représentée par Andrea Martinez, qui a fondé et dirige l’organisation. Andrea est aussi instructeur de plongée PADI et SSI.

Comment fonctionne la pépinière de corail?

Pour que les coraux repoussent, nous devons recréer un environnement libre d’espèces en concurrentes, de prédateurs et de stress. La première étape est de recueillir des fragments de coraux vivants, qui se sont détachés des récifs. On les attache alors à des structures ressemblant à des “arbres”, et chaque semaine, on vérifie qu’ils grandissent, on retire les algues, sédiments et autres prédateurs qui s’y déposent. On ne mesure pas uniquement leur longueur mais aussi leur épaisseur.


L’objectif est de créer de grands segments de corail pour former une colonie que nous pourrons réimplanter sur le récif, proche de l’endroit où ils ont été recueillis. Nous recherchons un substrat dur non-sablonneux et nous nettoyons cette roche avant d’y implanter les fragments de coraux en utilisant un époxy marin qui devrait les fixer en place assez longtemps pour que les polypes se développent et recréent leur propre attache.

Cela prend combien de temps?

Si l’on se base sur des projets similaires, cela devrait prendre 6 mois pour que les fragments grandissent suffisamment et puissent être replantés. Des projets similaires sur l’île voisine de Roatan ont montré que ce genre de délai était réaliste, après, cela dépendra aussi de la qualité de l’environnement dans lequel ils évoluent.

Vous en êtes à quelle étape à Utila?

Cela nous a pris deux ans et demi pour commencer ce projet, mais maintenant que nous avons les permis nécessaires, nous pouvons faire bouger le slignes rapidement. Nous avons déjà organisé trois collectes de corail pour les trois arbres que nous avons.

Nous les surveillons chaque semaine, et voyons des progrès plus rapides que ce que l’on avait estimé. Les coraux grandissent le long du plastique qui les attache, et des polypes se développent là où ils s’étaient cassés. Nous avons bon espoir quant au fait que nous pourrons les replanter d’ici 6 mois.

Quels sont vos projets pour ces prochains mois?

Nous avons atteint une capacité maximale avec nos trois arbres mais nous avons une autorisation pour en avoir jusqu’à vingt, aussi nous aimerions en planter davantage afin de développer la pépinière.

On espère que dans les prochains mois, les premiers fragments seront prêts à être replantés et que nous pourrons recommencer ce cycle, sur ces mêmes espèces, et d’autres également en voie de disparition.


Pouvez-vous m’en dire plus sur ces arbres de la pépinière? Ce n’est pas risqué d’utiliser du plastique dans l’océan?

La structure que nous utilisons actuellement est faite à 100% de PVC. Nous devons utiliser du plastique car c’est la seule structure qui peut résister à l’environnement marin. Le métal et le béton accumulent plus d’algues, et sont plus difficiles à nettoyer. Les arbres en plastique sont attachés par des poids et ont aussi des bouées en surface pour qu’ils restent verticaux, tout en allouant une certaine flexibilité de mouvement dans des conditions marines défavorables.

Nous étudions la possibilité de remplacer les branches des arbres avec de la fibre de verre car cela peut supporter un poids supérieur et ne serait pas creux (des algues commencent à se développer à l’intérieur de la structure).

Comment trouvez-vous vos financements?

Jusqu’à présent, tout a été financé par des donations - nous avons porté candidature pour obtenir des bourses du gouvernement mais n’avons encore rien reçu.

Nous avons aussi lancé une campagne de financement participatif avec l’objectif de récolter 3000 dollars américains et pour l’instant nous en sommes à un peu plus de 2000 dollars. Enfin, nous vendons aussi des bijoux d’un designer du Honduras qui reverse tous ses bénéfices au projet.

Chaque arbre coûte dans les 200 dollars donc nous devons lever encore beaucoup de fonds afin de mettre en place les 20 arbres.

Comment sont employées les ressources financières?

La plupart des fonds sont employés aux matériaux nécessaires pour construire, entretrenir et surveiller les arbres.

Nous aimerions aussi utiliser une partie des ressources pour enseigner aux locaux à plonger, leur montrer en quoi consiste le projet et les faire devenir à leur tour, ambassadeurs du projet. Notre objectif est de former 5 à 10 personnes par an et UDC nous soutient dans ce projet.

Comment peut-on contribuer?

Vous pouvez contribuer en faisant un don sur notre page de financement paricipatif, et aussi en parler autour de vous.

De manière plus large, il est important de reconsidérer sa consommation personnelle de plastiques, crèmes solaires etc car tous ces facteurs contribuent à fragiliser les récifs.

Et pour ceux qui veulent en apprendre davantage sur la conservation des récifs?

Qu’ils viennent à Utila participer au programme GoEco. Il peuvent contribuer au projet et apprécier davantage la vie marine. Nous sommes aussi en train de créer une nouvelle spécialité PADI qui sera centrée sur ce projet de pépinière, et qui sera enseignée à UDC.

Merci beaucoup Jemma et Dani pour cette interview and bonne chance dans vos projets! Pour plus d’informations sur ce projet ou pour participer, contactez Jemma et Dani à (utilacoral@gmail.com)[mailto:utilacoral@gmail.com]

Biographies


Jemma Aitken

Jemma est biologiste marine résidente à UDC et la créatrice du programme GoEco - une formation de 4 semaines sur l’identification des espèces marines, les conditions coralliennes et la surveillance marine. C’est La Petite Sirène qui a inspiré à Jemma l’amour du monde sous-marin dès son plus jeune âge. Elle a suivi des études universitaires en biologie marine ainsi qu’une maîtrise en gestion de l’environnement marin. Une fois sa formation terminée, elle pensa que la meilleure façon d’enseigner la conservation marine aux autres était de leur apprendre à plonger. Elle commença à travailler en tant que Divemaster et a gravi les échelons jusqu’à devenir PADI Staff Instructor, avant de devenir biologiste marine à UDC, où elle travaille depuis 2014.


Daniela Mejia

Daniela est également partie prenante du programme GoEco à UDC, et est en charge de la partie corail du programme. Elle plonge depuis 2006 et a gravi les échelons jusqu’à devenir PADI Staff Instructor. Elle a étudié l’économie à l’université et fait actuellement un master en Sciences marines et Gestion d’aires marines protégées. Elle est autodidacte et a fait de nombreuses recherches sur les méthodes de collecte de données et de recherche ayant trait aux coraux. Elle est également certifiée dans les méthodologies d’enquête AGRRA.


Claire Mogford

Claire est auteur du blog de voyages One Girl and Her Pack, qu’elle a créé pour documenter ses aventures autour du monde. Le voyage lui a fait redécouvrir l’amour de la plongée après une pause de 10 ans. Elle a eu la chance de plonger dans certains des meilleurs spots au monde et de se former en tant que Divemaster à UDC sur l’île d’Utila au Honduras. Sa meilleure expérience de plongée à ce jour a été une croisière à Komodo et maintenant qu’elle a terminé son tour du monde elle économise pour partir plonger à Raja Ampat!


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